Intervention de Florence Augier au Conseil National du 11 avril 2015

Chers camarades, notre motion Osons un nouveau pacte citoyen républicain est le fruit d’une collaboration étroite entre deux contributions qui ont travaillé de la même façon. Il était donc logique qu’elles souhaitent se rejoindre autour d’un texte commun.

Comment vous le savez, nous sommes une motion participative, conçue par des militants et des militantes pour les militants et les militantes. Nous voulons un Parti socialiste qui ressemble aux Français, ces Français que nous rencontrons quotidiennement, auxquels nous ressemblons mais que nous ne prenons peut-être pas le temps d’écouter. Nous voulons l’avènement de la France plurielle. Les Français nous parlent. Ils nous parlent à chaque échéance électorale ; ils nous disent leurs angoisses, leurs peurs, mais surtout ils nous disent leur désarroi, et parfois leur colère. Il est temps de les entendre. Nous pensons qu’il appartient au parti de leur proposer un nouveau pacte citoyen et républicain. Nous l’avons développé dans notre motion autour de trois axes : un, dire la vérité et proposer des solutions partagées ; deux, poursuivre la rénovation du Parti socialiste et réconcilier les Français et les Françaises avec la politique ; trois, défendre la République.

Dire la réalité et proposer des solutions partagées. Les citoyennes et les citoyens sont prêts, ils ont su se rassembler massivement pour préserver la liberté après les événements tragiques de janvier qui ont secoué notre pays. Il nous appartient et nous avons le devoir, nous, militants socialistes, de proposer des solutions partagées pour rassembler les Françaises et les Français, les convaincre que leur avenir n’est pas dans le repli sur soi, ni le conservatisme, ni le populisme, ni les extrémismes politiques ou religieux. Il faut ramener les abstentionnistes aux urnes grâce à une nouvelle offre politique non basiste mais citoyenne. Les classes populaires et moyennes doivent être respectées. Nous les avons perdues, nous devons nous donner les moyens de les reconquérir ; sans cela, nous serons l’opposition de demain et pour longtemps.

Ouvrir les portes et les fenêtres ne doit plus être un slogan de meeting, mais une réalité. Il faut aller plus loin, plus vite en ce qui concerne le développement de la démocratie participative à tous les étages : élus, associations, sociétés civiles et dans notre parti. La mise en place de nouvelles règles du mieux vivre ensemble. Il faut refonder notre cohésion sociale, reforger notre identité commune au sein de notre société. Il nous faut des institutions démocratiques qui doivent ressembler aux citoyennes et aux citoyens. Cela nécessite la mise en place d’un statut de l’élu. La lutte contre le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, et toutes les formes de discrimination. Le problème, c’est que nous ne rêvons plus ensemble une société plus juste, plus écologiste, plus équitable, une société où les jeunes trouvent leur place, une société où les plus anciens deviennent des passeurs d’histoires, de savoirs. Il existe trop de pauvreté, la grande pauvreté touche plus de 9 millions de personnes. Les inégalités sociales, territoriales, fracturent notre pays, portent atteinte à la cohésion nationale, et nourrissent des extrémistes religieux et politiques.

Les années de l’ultralibéralisme triomphant ont fait de notre société un conglomérat d’individualités, qui a tué le vivre ensemble pour le remplacer par la peur, le mépris, le rejet de l’autre. Il appartient au Parti socialiste de proposer une autre vision du monde, et notre motion propose des pistes de réflexions pour changer. Tous les sondages et toutes les enquêtes le disent : la première préoccupation des Françaises et des Français est l’emploi. Nous proposons une réflexion sur les emplois d’avenir, en donnant la possibilité de conclure des contrats de six ans qui peuvent permettre une véritable pérennisation de l’emploi ; le développement des emplois de service dans le cadre de l’aide à la personne, en formant de véritables professionnels dans le domaine ; le développement de l’économie verte, qui est un véritable gisement d’emplois. Nous formulons d’ailleurs dans ce domaine cinq propositions : la rénovation des logements classés F et G, la création de régie locale d’énergie, la création d’une véritable filière bois énergie, l’innovation dans la communication et le financement des mesures prises. Et nous voulons faire des Français des acteurs incontournables. Il faut aussi soutenir l’investissement dans les collectivités territoriales, dont dépendent pour 75 % les activités du BTP. Il faut ensuite poursuivre la rénovation du Parti socialiste, réconcilier les citoyennes et les citoyens avec la politique.

Pour le Parti socialiste, nous devons exprimer fortement notre volonté commune de réformer le fonctionnement de notre parti, en proposant une démocratisation complète, profonde et durable, seule susceptible de redonner force, dynamisme et crédibilité à la toute la gauche. Notre objectif : rendre la parole aux militantes et aux militants, leur donner les moyens de se faire entendre pour que chaque décision du parti soit l’écho d’un travail collectif. Le monde change, notre société change, notre parti doit changer, tout en restant profondément attaché aux valeurs humanistes de justice, de solidarité, de liberté, de progrès pour tous.

Nous voulons un Parti socialiste au travail et en mouvement, qui regarde vers l’avenir, capable d’élaborer et de proposer une vision politique aux Françaises et aux Français. Nous avons rédigé des propositions que vous pourrez lire dans notre motion. Nous formulons également une demande forte d’intégrer dans les statuts du Parti socialiste la charte d’accessibilité que nous avons rédigée afin que le PS devienne véritablement un parti ouvert à tous, et en particulier aux personnes en situation de handicap.

Pour réconcilier les Françaises et les Français avec la politique, nous formulons plusieurs propositions. Je me bornerai à en citer quatre : limiter les mandats dans le temps avec un seul renouvellement possible pour la même fonction, réduire à deux le nombre de mandats, dont un seul mandat exécutif, pour avoir des élus engagés à plein-temps, rendre le vote obligatoire à toutes les élections, comme cela se pratique déjà dans une douzaine de pays à travers le monde, comptabiliser les votes blancs dans les suffrages exprimés, les électeurs ne se sentant pas représentés par l’offre politique pourront enfin se faire entendre et faire reconnaître leur voix.

Le troisième grand chantier, le troisième axe que nous proposons est la défense de la République, seule à même de garantir la préservation du modèle social français dont les soubassements sont contenus dans la devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Nous voulons incarner une nation solidaire et debout. La liberté d’abord. Pas de liberté sans sécurité, c’est pourquoi nous proposons une politique de sécurité inspirée et efficace. Je citerai trois propositions fortes : remettre la police au cœur de la cité avec une police de proximité, créer un délit d’association de crime organisé afin de mettre en place une confiscation préventive anti-crime organisé, et enfin, réutiliser ces biens mal acquis à des fins sociales. Enfin, le droit de vote des immigrés, en fait des étrangers non-communautaires, doit devenir une réalité, le plus rapidement possible. Il s’agit d’une promesse de plus de trois décennies, et d’autres pays européens ont déjà donné l’exemple : la Belgique, les Pays-Bas. L’égalité ensuite. Je cite ici Hubertine Auclert, dans son discours, c’est la fin de son discours au Congrès socialiste ouvrier de Marseille en 1879, elle disait : « Ô prolétaires, si vous voulez être libres, cessez d’être injustes. Avec la science moderne, avec la conscience qui, elle, n’a pas de préjugés, dites égalité entre tous les hommes, égalité entre les hommes et les femmes, ascension de toute la race humaine unie dans la justice vers un avenir meilleur ». L’égalité, elle commence en donnant au peuple les moyens d’accéder à la culture, l’éducation, l’ouverture d’esprit, le débat. Elle commence quand on donne aux citoyennes et aux citoyens les moyens de s’émanciper, de pouvoir se faire une opinion en toute connaissance de cause. Il appartient aux socialistes de travailler sur ce thème et d’offrir aux citoyennes et aux citoyens les moyens d’arriver à l’émancipation.

La fraternité enfin. La fraternité est un des fondements de notre République, de notre cohésion sociale, et du vivre ensemble. La crise économique, avec le chômage de masse, l’exclusion, les évolutions des modes de vie, les mutations technologiques, crée des fractures profondes dans le tissu social. La fraternité doit rester notre moteur. Des moyens existent. Une répartition plus équitable est l’une des réponses. Nous proposons l’instauration du revenu minimum universel, la croissance solidaire, la fraternité et la solidarité en Europe avec une Europe qui protège, une monnaie unique réellement démocratique, une Europe plus proche des citoyens, et enfin, une nouvelle politique de co-développement.

En conclusion, pour répondre aux défis des temps modernes, liés aux mutations sociétales, économiques, à la montée des extrêmes, à la crise structurelle et identitaire qui touche durablement notre pays, il nous faut avoir une nouvelle vision politique. Elle passe par l’ouverture d’un chantier qui nous mènera vers un nouveau pacte citoyen et républicain. Je vous remercie.

 

Florence Augier

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